Questions épineuses sur la saponification

La saponification peut sembler mystérieuse et effrayante, c’est pourquoi dans cet article nous allons aborder les questions que tout savonnier débutant se pose. Des matières premières principales, comme la soude ou l’huile de coco, en passant par la phase de gel, le surgraissage… nous vous donnons ici des éléments de réponse.

Nessie : Quelle est la différence entre soude en perles et lessive de soude ?

Zélie : La réalisation de savon nécessite l’utilisation de soude : hydroxyde de sodium : NaOH, elle se présente sous deux formes : en perles (pure) ou liquide (solution de soude) que l’on appelle aussi lessive de soude. Vous trouverez les deux en magasin de bricolage.

ATTENTION cependant à ne pas confondre la soude en perles avec les cristaux de soude (carbonate de sodium) qui servent au nettoyage. Ces derniers ne sont pas utilisables en savonnerie !

  • Si vous achetez de la lessive de soude, assurez-vous qu’elle soit concentrée à 30% ou 30.5%, ce chiffre doit être indiqué sur le bidon.
  • La  soude en perles (qui doit être pure à 98%), devra être diluée au préalable dans un liquide. L’intérêt de cette dernière réside dans la possibilité de la diluer dans toutes sortes de liquides (lait, café, jus de fruits…). Voir notre article sur la technique de dilution.

Notons que lorsque l’on débute,  la lessive de soude est plus facile à utiliser et moins effrayante, elle ne doit pas pour autant dispenser des précautions de sécurité.


Zélie : Huile de Noix de Coco hydrogénée, fractionnée ou à se damner… laquelle choisir ? 

Nessie : L’huile de Noix de Coco « à se damner » se présente sous forme solide à température ambiante avec une odeur à manger à la petite cuillère ! C’est une huile très gourmande avec un prix d’achat assez conséquent qui a des propriétés cosmétiques non-négligeables (≈10€ pour 200ml). Cette huile est issue de la pulpe et du lait de la noix de coco et subi une extraction artisanale.

Pour nos savons nous utilisons généralement de l’huile de Noix de Coco hydrogénée (connue également sous le nom de Végétaline). Mais il existe également de l’huile de Noix de Coco fractionnée. Pas toujours évident de s’y retrouver.

L’huile de Noix de Coco hydrogénée

Attention ! L’huile de Noix de Coco (type Végétaline) est un dérivé de l’huile de Coprah hydrogénée.

L’huile de Coprah est issue de la pulpe séchée de la Noix de Coco, elle est blanche, inodore et très dure.

Pour obtenir de la Végétaline, l’huile de Coprah est ensuite hydrogénée : on mélange des molécules de l’huile avec des atomes d’hydrogènes. Cette action permet de supprimer les liaisons insaturées* et ainsi augmenter le point de fusion*.

L’hydrogénation de l’huile ne change pas l’indice de saponification de l’huile de Coco hydrogénée.

Bon à savoir : Lorsque vous achetez votre huile de Coco hydrogénée faites attention qu’elle soit 100% végétale et ne contient pas d’agent anti-mousse.

L’huile de Noix de Coco fractionnée

L’huile de Coco fractionnée ne contient que la partie triglycéride de l’huile de Noix de Coco à damner. Connu également sous l’INCI caprylic/capric triglycerides, l’huile de Noix de Coco fractionnée est obtenue par un procédé physique. On récupère la fraction d’huile qui est la plus plus stable (elle est saturée) et résiste le mieux à l’oxydation. Cette huile est sous forme liquide même à température ambiante.

Elle est très prisée dans les cosmétiques et maquillage car elle n’est pas grasse.

Nessie : A quoi servent les calculateurs ?

Zélie : Pour réaliser votre savon il est impératif de calculer le poids de soude à utiliser. Ces calculs se font en fonction de l’indice de saponification* des huiles. Hors, ces calculs à faire à la main sont un peu complexes et, en cas d’erreur, seraient regrettables et risqueraient de vous donner un savon caustique, c’est à dire corrosif.  Pour plus de simplicité et de sécurité il est préférable d’utiliser un calculateur. Il en existe plusieurs en ligne et gratuits.

Nous utilisons pour notre part TheSage, par habitude mais libre à vous de trouver celui qui vous conviendra.

Pour plus de détails sur les calculs je vous renvoie au pas à pas du calculateur TheSage.

Zélie : Quels-sont les différents indices des savons ?

Nessie : En parcourant les différents blogs, forums ou calculateurs en ligne, on voit souvent apparaitre des indices. Mais que veulent-ils nous dire ?

La dureté (Hardness) : sert à savoir si vous aurez un savon plutôt dur ou mou → Fourchette: 29-54

Pouvoir nettoyant (Cleansing): sert à connaître le côté décapant, voir irritant d’un savon → Fourchette : 12-22
Attention un indice dans la limite supérieur de la fourchette équivaut à un savon décapant.

Pouvoir hydratant (Conditionning) : sert à connaître l’indice d’hydratation d’un savon, ou le soin démêlant d’un shampoing en barre. → Fourchette : 44-69
Attention un trop haut indice d’hydratation donne des savons qui fondent rapidement.

Pouvoir moussant (Bubbly) : sert à connaitre le côté moussant des savons → Fourchette : 14-46

Attention, certaines informations parlent de grosseurs de bulles dans la mousse.

Pouvoir crémeux (Creamy) : sert à connaître l’onctuosité de la mousse → Fourchette 16-48

Iodine: sert à savoir si le savon aura tendance à rancir → Fourchette 41-70.

INS : c’est l’indice le plus connu en savonnerie, il permet de quantifier l’équilibre global du savon → Fourchette  136-165, idéal à 160.

Ces indices sont calculés en fonction des taux de certains acides gras présents dans les huiles choisies, par exemple, l’indice de dureté est calculé en fonction de la quantité d’acides gras laurique, myristique, oléique, linoléique et ricinoléique. C’est la présence de ces acides gras qui donneront des savons durs.
L’indice du pouvoir moussant et pouvoir crémeux sont calculés selon les taux d’acides palmitiques et stéariques.

Pour ma part je reconnais que je ne m’occupe pas de tous ces indices, je fais seulement le calcul d’INS et j’essaie d’être dans la fourchette. Si vous voulez connaître les différents indices de votre savon, SoapCalc vous donne toutes les indications nécessaires.

Zélie : Pourquoi faire des ajouts à la trace ?

Nessie : Lors d’une saponification, on fait réagir de la soude sur un corps gras. Lorsqu’on ajoute l’huile à la soude, celle-ci reste au-dessus de la solution de soude (à cause de leur masse volumique). C’est l’action du mixeur qui permet de rendre miscible ces deux phases et ainsi créer la saponification. Lors de cette réaction , les corps gras réagissent et sont saponifiés pour obtenir ce savon que l’on aime tant.

Lorsque la trace arrive, c’est le signal pour informer que la soude a réagit et saponifié la majorité des huiles présentes. La grande majorité de la soude ayant réagit, nous pouvons alors ajouter des huiles dites « précieuses » sans qu’elles soient saponifiées par la soude.

Zélie : Qu’est-ce que le surgraissage ?

Nessie : Lorsqu’on se lance dans la saponification, on est rapidement confronté au surgraissage. Concrètement, surgraisser un savon équivaut à mettre plus de gras que de soude dans un savon pour le rendre plus nourrissant.

D’un point de vue un peu plus technique, le taux de surgraissage correspond à la quantité d’huile présente dans le savon qui n’a pas réagit avec la soude. Cette action peut se faire de deux façons :

  • Réduction de soude : lorsqu’on fait les calculs de quantité de soude on réduit la quantité de soude à mettre dans la pâte afin d’avoir de l’huile en excès. Il s’agit donc de mettre moins de soude (ou lessive de soude) dans la pâte à savon de base.
  • Surgraissage à la trace : l’ajout de l’huile en excès se fait après la trace. Si l’on souhaite un surgraissage de 8% alors on ajoute 8% du poids des huiles en excès.

Pour résumer :

Sur un savon surgras à 8%,  si les calculs donne 100g de soude à ajouter :

Pour un surgraissage par réduction :  ajouter 92g.

Pour un surgraissage à la trace : ajouter 100g de soude et 8% d’huile à la trace.

Bon à savoir : Vous pouvez surgraisser un savon en combinant les deux types de surgraissage

Attention ! Il existe une confusion sur le surgraissage à la trace, seule une phase huileuse (beurre végétal, huile végétale) peut servir de surgraissage. Les huiles essentielles, purées de fruits ou autres ajouts (liquides ou autres) ne font pas partis du surgraissage.

Nessie : La phase de gel : c’est quoi ? 

Zélie : C’est un phénomène qui se présente lorsque le savon coulé dans un moule se met à chauffer au-delà d’une certaine température. Physiquement la phase de gel se traduit par un aspect translucide du savon comme du gel et une modification de sa couleur. La réaction se forme d’abord au cœur du savon et peut s’étendre à son ensemble. Bien que le dégagement de chaleur soit une réaction normale qui permet la saponification de se faire, la phase de gel quant à elle peut être attendue selon les uns ou redoutée pour les autres. Et quoique l’avantage soit une saponification accélérée, les inconvénients existent aussi. Heureusement ils ne sont que d’ordre esthétique et n’auront aucune conséquence sur le savon et son utilisation.

Pour « provoquer » une phase de gel il faut couvrir votre savon coulé en moule et l’isoler comme dans un four éteint ou une boite hermétique. Les conséquences peuvent être des couleurs changées, des motifs déformés. Cependant on peut aussi tenter de l’éviter en utilisant des moules individuels, en n’isolant pas le moule.

Bon à savoir : Cette phase est difficile à prévoir car elle dépend aussi des huiles ainsi que de la quantité d’eau utilisées.

Nessie : Qu’est-ce que la cendre de soude ?

Zélie : Elle se présente sous la forme d’une pellicule blanche à la surface du savon. La cendre de soude est en fait du carbonate de sodium (Na2CO3), il se forme car la pâte à savon contenant de la soude c’est à dire de l’hydroxyde de sodium (NaOH) réagit au contact de l’air composé de dioxyde de carbone (CO2) ce qui a pour conséquence ce dépôt blanchâtre.

  • Donc : NaOH en contacte avec CO2 a entre autre pour conséquence : Na2CO3

 La cendre de soude n’a pas de conséquence directe sur le savon, il peut être utilisé tout à fait normalement. Le seul désagrément est l’aspect esthétique, il suffit d’enlever cette couche de cendre à l’aide d’un peu d’eau et il n’y paraitra plus. Si vous souhaitez éviter ce phénomène il faudra couvrir les savons afin d’éviter leur contact avec l’air.

Nessie : A quoi sert la cure ?

Zélie : Après avoir démoulé vos savons et les avoir coupé vous allez les placer en « cure ». C’est à dire qu’ils vont reposer pendant au moins 4 semaines. Pendant ce temps la réaction de saponification va se terminer et les savons vont sécher et donc durcir. Ce temps peut être plus long car plus un savon sèche moins il fondra vite, ainsi comme le bon vin les savons se bonifient avec le temps. Il est préférable de laisser les savons sur une grille afin que l’air circule bien, si ce n’est pas possible pensez à retourner au moins une fois les savons au cours de la cure. Il est également préférable de les laisser reposer à l’abri des courants d’air et de la lumière.

Attention ! : ne pas utiliser de l’aluminium comme support pour vos savons.

Observez qu’il peut arriver que lors de ce temps les couleurs de vos savons se modifient ainsi que les odeurs.

Il y a bien entendu d’autres questions qui se posent à celui ou celle qui se lance dans la magie de la saponification, mais celles que nous vous avons exposées sont les questions qui nous ont semblé les plus fréquentes. Au cours de nos articles nous essayons également de vous apporter des éléments nécessaires, n’hésitez pas à les consulter. Par ailleurs si vous souhaitez que nous traitions certaines interrogations faites-nous part de vos suggestions. La partage apporte souvent de nombreuses réponses !

* : Les mots suivis d’une astérisque sont définis dans notre lexique.

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