Les parabens, mythe ou réalité ?

Il y a 10 ans, 80 % des produits de soin et d’hygiène contenaient des parabens. Ils étaient présents dans les produits agroalimentaires, les cosmétiques et les médicaments.

Depuis quelques années, les parabens sont montrés du doigt, on les accuse, on les fuit, on les remplace… mais savez-vous pourquoi ?

Que sont les parabens ?

Les parabens sont des conservateurs antibactériens et antifongiques. Ils évitent la contamination microbiologique des produits ainsi que la dégradation des principes actifs, notamment pour les médicaments.

 

Bon à savoir : Les parabens ont été choisis pour remplacer une autre famille de conservateur, les formaldéhydes. Ces derniers sont classés cancérigènes depuis septembre 2004 par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer). Ils sont interdits dans nos produits de soins à l’exception des vernis à ongles.

Où en trouve-t-on ?

Médicament Gatis Gribusts

Médicament par Gatis Gribusts

Tous les parabens ne se ressemblent pas, la majorité sont synthétisés à partir du phénol selon la réaction de Kolbe-Schmitt. Cette réaction consiste en la carboxylation* à chaud et sous pression du phénol en présence d’un sel métallique et de dioxyde de carbone.

D’autres sont naturellement présents dans les aliments (les myrtilles, les mûres, l’orge, les fraises, le cassis…) et dans certains produits de la ruche.

*Carboxylation : désigne une réaction chimique qui amène un atome de carbone, lié à de l’oxygène et à de l’hydrogène, à s’accoler à une molécule organique.


Les différents noms des parabens

Les esters d’acide p-hydroxybenzoïc, les PARAoxyBENzoates sont plus connus sous le terme de « paraben » (ou parabènes). Ils regroupent plusieurs composés chimiques que l’on retrouve sur nos étiquettes :

  • Méthylparaben ou E218 (4-hydroxybenzoate de méthyle) et son sel de sodium (E219) ;
  • Ethylparaben ou E214 (4-hydroxybenzoate d’éthyle) et son sel de sodium (E215) ;
  • Propylparaben ou E216 (4-hydroxybenzoate de propyle) et son sel de sodium (E217) ;
  • Isopropylparaben ;170px-Paraben
  • Butylparaben ;
  • Isobutylparaben ;
  • Benzylparaben ;
  • Phénylparaben.

Les parabens sont autorisés à hauteur de 0,14% dans les produits cosmétiques, sauf les produits pour bébés dans lesquels ils sont interdits.

La polémique sur les parabens

Les parabens sont au cœur de polémiques depuis plusieurs années. En mars 2005 l’émission Envoyé Spécial a relayé une étude scientifique menée par l’Université de Reading en Angleterre. L’équipe du docteur Philipa Darbre associait les parabens et le cancer du sein. L’équipe aurait détecté la présence de parabens intacts sur des tumeurs du sein. Le Dr Darbre supposait que la présence de ces parabens était liée à l’application de déodorants.

« C’est la première fois que l’on démontre que les parabens peuvent s’accumuler dans l’organisme », a déclaré le Dr Darbre à la BBC. Seulement cette étude a été controversée et même désavouée par la suite, aucun lien de cause à effet entre les parabens et le développement du cancer du sein n’était démontré.

L’info en plus : L’ONG Greenpeace publie un guide Cosmetox pour bien choisir ses cosmétiques. Cosmetox a vu le jour quelques temps après la polémique des parabens, cependant Greenpeace ne retient pas ces substances comme préoccupantes.

Par la suite, plusieurs études ont été menées sur les parabens :

–  Ils sont connus pour être allergènes et provoquer des allergies de contact.

– L’université de médecine de Tokyo a montré que le méthylparaben accélérait le vieillissement cutané si la peau était ensuite exposée au soleil.

– De nombreuses études ont été menées pour évaluer les effets des parabens sur les hormones et les organes reproducteurs. Ces études ont été réalisées à des doses compatibles avec les expositions humaines. Seul le propylparaben s’est révélé nocif et suggère un risque potentiel pour la fertilité masculine. Il faut préciser qu’aucun effet n’a été mis en évidence ni avec le méthylparaben ni avec l’éthylparaben.

– Une autre étude épidémiologique* conduite sur des femmes atteintes du cancer du sein n’a révélé aucun lien évident entre le cancer du sein et l’utilisation de produits cosmétiques.

– En 2014, une étude menée par l’INSERM (institut national de la santé et de la recherche médicale) conclut que l’exposition prénatale aux parabens pourrait induire un surpoids à l’âge adulte. Cependant ces résultats doivent être confirmés par d’autres études.

Assemblée NationaleSuspectés d’être des perturbateurs endocriniens, les phtalates, les parabens et les alkylphénols ont fait l’objet d’une proposition de loi visant à les interdire.  Cette proposition a été adoptée par l’Assemblée Nationale le 03 mai 2011.

*Etude épidémiologique : étude au sein de populations humaines, animales, voire végétales, de la fréquence ainsi que la répartition des problèmes de santé dans le temps et dans l’espace, ainsi que le rôle des facteurs qui les déterminent.

Et maintenant ?

L’étude du Dr Darbre a permis de tirer la sonnette d’alarme sur des conservateurs allergènes très présents dans notre quotidien. Depuis, plusieurs études ont été faites et finalement nous sommes toujours dans l’incertitude quant à leur rôle dans le cancer du sein. Cependant les autorités ont pris des mesures pour éviter toutes polémiques, ils ont modifié les règlements européens concernant les cosmétiques :

N°358/2014 : Cinq parabens sont maintenant interdits : isopropylparaben, isobutylparaben, phénylparaben, benzylparaben et pentylparabens ;


N°1004/2014
 : la commission a baissé les seuils de concentration de certains parabens : le butylparaben, le propylparaben et leurs sels ne doivent pas dépasser 0.14% de concentration.

L’info en plus : Ces derniers temps on entend beaucoup le terme de « perturbateur endocrinien », mais qu’est-ce que cela représente comme réel danger ? L’appareil endocrinien sécrète des hormones qui agissent comme des sortes de messagers biochimiques. Elles régulent de nombreuses fonctions de l’organisme. Ces perturbateurs peuvent interférer avec les hormones et ainsi affecter l’organisme mais aussi sa descendance.

Finalement, mythe ou réalité ?

Depuis quelques années les parabens ont disparu petit à petit de nos salles de bain mais pas de nos pharmacies, ils subsistent dans plus de 400 médicaments.


Les parabens sont-ils un mythe ?

Suite à ces recherches, je me pose des questions. Nous avons diabolisé les parabens au point qu’un label « No Parabens » est né pour rassurer les consommateurs. Mais cette diabolisation s’est généralisée sur TOUS les parabens. Alors que seuls certains parabens sont concernés et encore étudiés.

Et la réalité ?

paraben freeS’il faut souligner qu’ils n’ont pas forcément fait la preuve de leur innocence, il faut dire que les parabènes ne méritaient peut-être tous pas tant de méfiance. Finalement ces polémiques autour des parabens ont été une aubaine commerciale pour beaucoup de grandes marques. Savez-vous quelle substance est généralement utilisée pour les remplacer ? Le méthylisothiazolinone ou plus simplement le MIT. Si ce nom ne vous est pas inconnu c’est parce que le MIT fait partie de substances pointées par la revue « Que choisir » en février 2016. Je serais curieuse de comparer les prix des parabens et du MIT.

Pour mes cosmétiques, le choix est fait… le naturel et le fait-maison sont vraiment ma solution !

Sources :

  • Concentrations of parabens in human breast tumours. Journal of Applied Toxicology, J. Appl. Toxicol. 24, 5–13 (2004)
  • Les Parabens, utilisations et toxicité par Elie N. et Ripoll L. Université Le Havre, 2007
  • Safety assessment of esters of phydroxybenzoicacid (parabens), M.G.Soni, I.G.Carabin and G.A.Burdock ; Food and Chemical Toxicology (2005)
  • Rapport fait au nom de la commission des affaires sociales sur la proposition de loi visant à interdire l’utilisation des phtalates, des parabènes et des alkylphénols, par le député Yvan Lachaud. 2011
  •  www.senat.fr : JO Sénat du 06/10/2011 – page 2587
  • www.ansm.sante.fr
  • www.reading.ac.uk
  • www.researchgate.net
  • www.consoglobe.com
  • www.quechoisir.org