Les labels cosmétiques… comment choisir ?

woman buying shampooLors de nos ateliers, j’apprends aux participantes à décrypter les compositions des cosmétiques conventionnels. La majorité des apprenantes découvre alors le concept de la nomenclature INCI et des compositions.

Lors du dernier atelier, l’une d’entre elles, a fait une remarque très pertinente : « Ces noms sont imprononçables et incompréhensibles. En plus la liste est longue et écrite en minuscule… Je fais comment dans les rayons ? »

Ce n’est pas facile de se transformer en petit chimiste lorsqu’il s’agit de décrypter des compositions dans un magasin. Le plus simple pour éviter tous ces tracas c’est de trouver un label qui corresponde à vos attentes.

Un label oui mais lequel ?  

Définition d’un label, Source : www.larousse.fr

« Étiquette ou marque spéciale créée par un syndicat professionnel ou un organisme parapublic et apposée sur un produit destiné à la vente, pour en certifier l’origine, la qualité et les conditions de fabrication en conformité avec des normes préétablies. (On dit aussi label de qualité.) »

Un label est une marque collective qui se matérialise généralement par un logo. Il peut être privé et géré de manière autonome par des associations de fabricants ou dépendre d’un organisme public. Certains labels sont auto-décernés par le fabricant sans le contrôle d’une tierce partie indépendante : un label reste un atout marketing.

Le label n’est pas une garantie de qualité, mais la garantie que le cosmétique possède certaines caractéristiques énoncées dans un cahier des charges.

Les marques voulant afficher le logo du label doivent se conformer à ce cahier des charges.  Pour être crédible, un label doit avoir des exigences pertinentes fixées dans un cahier des charges. Mais aussi avoir un bon dispositif de labellisation.

Bon à savoir : Le label AB (Agriculture Biologique) est une propriété du ministère français en charge de l’agriculture.

Les différents labels

Il existe de nombreux labels, afin de rédiger un article le plus complet possible, j’ai contacté les différents labels ci-dessous pour obtenir leurs cahiers des charges (ou référentiels) les plus récents. Je remercie ces différents organismes qui ont eu la patience de répondre à mes questions :

Nature et Progrès (selon référentiel janv. 2015)

Nature et ProgrèsDéfinition issue de leur référentiel : « Les produits cosmétiques Nature & Progrès sont issus de substances ou de composition de matières premières obtenues en ayant recours à des procédés physiques ou chimiques simples qui ne modifie pas la structure de la chaîne carbonée, sans utilisation de molécules de synthèse d’origine pétrochimique, et répondant à toutes les étapes de la fabrication à des normes et à des critères précis du respect de l’environnement. »

Nature et Progrès est un label très exigeant. Son cahier des charges est précis sur ce qu’on peut ou pas utiliser.

Les ingrédients d’origines végétales doivent tendre vers le 100% AB ; les exigences du cahier des charges vont jusqu’à la gestion environnementale du lieu de production.

Les points à souligner :

  • Huile de palme et ses dérivés sont interdits sauf si la filière est réellement équitable et qu’elle respecte les principes agro-écologiques, environnementaux et sociaux de la charte Nature&Progrès ;
  • Il y a des consignes relatives à la gestion de l’eau, à l’utilisation des énergies renouvelables, la maîtrise des déchets et l’amélioration des transports ;
  • Pour que la marque obtienne le label, il faut que 70% de sa production répondent aux critères du référentiel.

Nature et Progrès a été le premier organisme à me répondre patiemment, merci notamment à Sandrine Deblois.

www.natureetprogres.org

Bon à savoir : dans les savons industriels, les fabricants utilisent du sel afin de récupérer la glycérine, cela s’appelle un relargage. La glycérine est ensuite utilisée pour d’autres produits de soin.

 Ecocert (selon le référentiel de mai 2012 V2) :

EcocertCrée en 1991, ECOCERT est une entreprise indépendante qui a établi son référentiel en partenariat avec des professionnels de la cosmétique qui souhaitaient se démarquer de la cosmétique conventionnelle.

Il s’agit de faire reconnaître le savoir-faire de fabricants respectueux de la nature mais également d’assurer une transparence sur la composition pour le consommateur.

Les points à souligner :

  • L’industriel doit être transparent vis-à-vis du consommateur, notamment avec la traduction des INCI en nom vernaculaire des ingrédients ;
  • Son référentiel est lisible par un consommateur lambda ;
  • Le terme « bio » ou « biologique » retrouve sa place dans des produits finis contenant 95% d’ingrédients issus de l’agriculture biologique ;
  • Les ingrédients de synthèse issus de la filière pétrochimique sont interdits (sauf ceux présent dans une liste exhaustive) ;
  • Quelques conservateurs de synthèse sont autorisés mais sont définis strictement ;
  • Les emballages sont biodégradables ou recyclables.
  • Le référentiel contient un tableau récapitulatif de leurs labels :

Document5

Il est à noter que ECOCERT est un label mais également un organisme certificateur.

www.ecocert.fr

L’info en plus : Certains ingrédients très présents dans les cosmétiques comme l’eau, l’argile, les minéraux ne peuvent pas être certifiés biologiques car ils ne sont pas issus de l’agriculture. On peut facilement acquérir une huile 100% bio alors qu’il sera impossible d’acheter un fard à paupière, composé de minéraux, qui sera à un pourcentage moindre d’ingrédients biologiques. Pourtant, ils sont tous deux naturels.

A contrario certaines marques profitent de ce vide à leur avantage :

  • Crème A : « 99% du total des ingrédients sont d’origine naturelle. 93% du total des ingrédients sont issus de l’agriculture biologique. » = cette crème contient pratiquement que des ingrédients naturels. L’eau déminéralisée est en quantité très faible car il n’y a que 7% d’ingrédients non bio.
  • Crèmes B : « 99% du total des ingrédients sont d’origine naturelle. 10% du total des ingrédients sont issus de l’agriculture biologique. » = cette crème contient pratiquement que des ingrédients naturels, parmi lesquels probablement une grande quantité d’eau déminéralisée, car il y a 90% de non bio.

Natrue (selon le référentiel de décembre 2015 V3) :

NatrueCrée en 2007, Natrue est un label pour les cosmétiques naturels et biologiques. Il s’agit d’une charte allemande utilisée par de grandes marques. Leurs objectifs sont plutôt ambitieux, ils souhaitent « dépasser en logique et en transparence toutes les définitions établies jusqu’à présent pour les cosmétiques naturels sur le marché européen. » (Issu de leur cahier des charges)

Les points à souligner :

  • Ils condamnent ouvertement l’expérimentation animale ;
  • Parfums, colorants et ingrédients issus de la filière pétrochimique sont interdits ;
  • Ils acceptent les substances transformées d’origine naturelle seulement si aucune substances naturelle ne peut les remplacer ;
  • Le nombre des étapes de transformation chimique doit être aussi restreint que possible ;
  • Quelques conservateurs de synthèse sont autorisés mais sont définis strictement ;
  • Ils abordent le développement durable en demandant une évaluation de l’impact environnemental par les producteurs, ou bien un rapport de développement durable ;
  • Il existe trois gammes :
    • Cosmétiques naturels ;
    • Cosmétiques en partie bio : 70% des ingrédients naturels doivent provenir de cultures biologiques contrôlées et/ou de cueillettes sauvages contrôlées ;
    • Cosmétiques bio : 95% des ingrédients naturels doivent provenir de cultures biologiques contrôlées et/ou de cueillettes sauvages contrôlées.
  • Il faut que 75% des produits proposés par l’entreprise soient certifiés et contrôlés ;

www.natrue.org

L’info en plus : En 2004 l’expérimentation sur les animaux pour les produits finis a été interdite par la législation. En 2009, une interdiction partielle de commercialisation des produits ayant fait l’objet de tests sur des animaux a vu le jour, l’interdiction est devenue totale en 2013. Cela ne fait que deux ans que les produits cosmétiques testés sur les animaux sont interdit en France.

Cosmébio (Charte) :

CosmebioCrée en 2002, Cosmébio est le née du partenariat d’une dizaine de laboratoire engagés dans le développement de la cosmétique bio et naturelle. Cosmébio accompagne les industriels à se faire certifier par des laboratoires certificateurs comme Ecocert.

Cosmebio 2Actuellement ils suivent deux cahiers des charges : Ecocert Greenlife (V2 Mai 2012) et Véritas (V3 Sept 2013)

Les points à souligner :

  • Ils souhaitent exclure les matières premières et les conservateurs sujets à polémiques écologiques ou sanitaires ;
  • Les industriels doivent garantir des procédés de transformation et de fabrication non polluants ;
  • Les industriels doivent garantir des produits contrôlés par un organisme de certification indépendant sur la base d’un cahier des charges reconnu ;
  • Les consommateurs sont informer de façon claire et objective ;
  • Il existe trois gammes :
    • Le label BIO
      • Au minimum : 95% d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle.
      • Au minimum : 95% des ingrédients végétaux sont bio
      • Au minimum : 10% de l’ensemble des ingrédients bio
    • Le label ECO
      • Au minimum : 95% d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle.
      • Au minimum : 50% des ingrédients végétaux sont bio
      • Au minimum : 5% de l’ensemble des ingrédients sont bio

Je remercie particulièrement Julie qui m’a accordée beaucoup de temps par téléphone. Elle a éclairé ma lanterne sur de nombreux sujets.

One voice, Slow Cosmétique

Ces labels n’ont pas de réels référentiels mais une charte qu’il faut respecter.

  • One Voice milite pour des cosmétiques sans ingrédients issus de l’animal. Ils proposent deux labels (bleus et orange) selon si l’industriel utilise des produits bio.
  • la Slow cosmétique est une démarche écologique et éthique fondée sur la volonté commune de promouvoir un autre mode de consommation. On opte alors pour une cosmétique plus naturelle, saine et raisonnable.

Les labels en un seul coup d’œil

Il existe beaucoup de label, malheureusement je ne pouvais pas étudier tous les référentiels et j’ai dû faire des choix : Les labels

Vous pouvez également trouver des certifications Démeter ; BDIH ; ICEA ; Vegan society ; AB ; Le Cygne blanc ; USDA Organic ;Soil association…

Bientôt un seul label, un seul cahier des charges pour tous les industriels ? Cinq partenaires ont voulu un logo et un cahier des charges unique. ICEA (Italie), Soil Association, Ecocert greenlife, BDIH (Allemagne) et Cosmebio (France) se sont associés pour créer un référentiel européen : COSMOS.

CosmosEn janvier 2017, nous devrions voir fleurir des logos de COSMOS en plus des logos habituels, qui répondront à un cahier des charges unique.

  • 95% des ingrédients transformés physiquement devront être bio (les actifs comme les huiles végétales, les hydrolats…)
  • 30% des ingrédients transformés chimiquement devront être bio (la base comme les tensio-actifs, les émulsifiants…)
  • 20% du produit final devra être être bio

Les substances qui composent nos cosmétiques sont capables de traverser la barrière cutanée et se retrouve dans notre sang… ils passent également à travers nos égouts, nos stations d’épuration pour se retrouver dans la mer… Alors autant utiliser des cosmétiques qui répondent à un cahier des charges cosm’ethique. J’ai tout de même quelques regrets à la lecture de ces référentiels, on ne parle pas ou peu des huiles estérifiées et hydrogénées, ainsi que des agents chélateurs comme l’EDTA.

Sources :